Je suis tombé l’autre jour sur un tweet indigné – pléonasme – reprochant à l’émission La Grande Librairie d’être trop élitiste, trop bourgeoise, trop dédaigneuse de la pop culture et de la littérature jeunesse. Quoi qu’on en pense, ce tweet, de nombreuses fois partagé, m’a fait réfléchir. Pourquoi cette opposition entre culture bourgeoise et culture populaire ? Et surtout, pourquoi les gens se sentent-ils obligés de prendre parti ? Les tenants de la culture classique accusent les adeptes de la culture populaire d’être des débiles congénitaux, biberonnés au mode de vie américain. Ceux-là répondent qu’ils n’ont que faire d’une culture arrogante, élitiste, intellectuelle et pour ainsi dire : prout-prout. La ligne de démarcation est tracée, les deux camps se font face. Comme toujours dans ce genre de situation, l’absurdité n’est pas loin – c’est ce que je me propose de démontrer ici.
Loovis
« Ouvre l'œil ! »
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Marguerite Yourcenar est l’un de mes auteurs favoris. En fait, elle est mon modèle en littérature. Je suis triste que si peu de gens la lisent, et que parmi ceux-là, beaucoup la tiennent pour une artiste compliquée et poussiéreuse. Il est vrai qu’au premier abord, ses romans peuvent paraitre austères : phrases longues, références historiques, imparfait du subjonctif… Mais passé ce vernis d’ancienne mode, on entre dans un univers unique, fait de couleurs, de sensations, d’odeurs et de goûts, de philosophie, de réflexions humbles et profondes sur la vie, la mort, les Hommes et les choses… Le tout dans un style qui réussit la prouesse d’être à la fois clair et soutenu. En un mot, cela s’appelle l’élégance. Je dis : la vie, la mort, les Hommes et les choses. De tels sujets doivent vous sembler vagues, voire pompeux ; il faut lire Marguerite Yourcenar pour comprendre qu’il n’en est rien. Cette femme est capable de vous mener en quelques mots des berges du Nil au fin fond des antiques forêts de Gaule, de vous faire sentir le fumé du poisson qu’on retourne sur les braises, la saveur étrange des gésiers germaniques, de vous faire vivre au rythme de l’Empire romain ou de l’Europe renaissante, de vous faire songer, enfin, à ce que c’est que l’esclavage, l’amour, la liberté, le temps qui passe… Voilà un écrivain complet, dont l’oeuvre, sans y paraitre, vous imprègne de l’aura, de l’essence de l’aventure humaine à travers les siècles. Difficile de trouver les mots les plus à même de décrire mon sentiment. Je dirais pour en finir avec ce paragraphe laudateur que l’oeuvre de Marguerite Yourcenar a quelque chose à voir avec la civilisation ; et que c’est, au fond, ce qui me fascine.
Quoi qu’il en soit, j’ai revu il y peu une interview donnée par cette grande dame à la radiotélévision canadienne – interview passionnante, au cours de laquelle nous sont dispensés quelques conseils d’écriture, dont je me propose de faire ici le résumé. Prenons-en de la graine.
LE PARADOXE DE L’ÉCRIVAIN
Marguerite Yourcenar commence son exposé en nous parlant de ce qu’elle appelle le paradoxe de l’écrivain. Voilà à quoi tient ce paradoxe : d’une part, l’écrivain doit être profondément lui-même, et d’autre part, il doit s’oublier lui-même, savoir faire table rase de ce qu’il est. Nous en avons tous fait l’expérience, rien de pire qu’un artiste se regardant créer. Celui qui raconte une histoire mobilise nécessairement une foule de sensations et d’impressions qu’il puise dans son expérience personnelle, mais entre l’exploitation de ce vécu propre à chacun et le bavardage narcissique : il n’y a qu’un pas. L’écrivain, sans cesse, est sur le fil du rasoir. Marguerite Yourcenar nous enjoint donc à concilier ces deux exigences, apparemment contradictoires, en ajoutant avec un regard de malice qui n’appartient qu’à elle que la réalité comprend toutes les contradictions.
FAIRE PREUVE D’ATTENTION
Marguerite Yourcenar poursuit en citant une maxime du Tao : « Gouverner un grand empire est la même chose que faire frire un tout petit poisson », avant de préciser qu’il en est de même pour écrire un grand livre. C’est à dire qu’écrire un grand livre demande à l’auteur de faire preuve de toute l’attention, de toute la bonne volonté dont il est capable. On pourrait croire que ce conseil tombe sous le sens, mais ce serait méconnaître les problèmes de concentration dont nous sommes tous victimes. Focaliser toutes ses facultés intellectuelles, et même physiques, sur un seul et même objectif est une pratique dont nous n’avons pas l’habitude, qui relève presque de la méditation. Marguerite Yourcenar prescrit à l’écrivain d’être attentif à ce qu’il fait, attentif au mouvement de ses muscles, à ce qu’il se passe en lui et hors de lui. C’est à ce prix-là, dit-elle, qu’il sera capable de séparer les « pensées de poussière », les pensées conventionnelles, de ses impressions véritables ; qu’il arriva à être personnel tout en s’oubliant lui-même ; qu’il surmontera, en somme, le paradoxe dont nous parlions tout à l’heure.
« Plus une oeuvre est riche, (…) plus le moindre détail a une valeur d’extrême réalité. L’auteur est parti d’un petit fait ou d’une petite sensation qu’il connait vraiment. Je crois donc que l’attention est le premier devoir de l’écrivain. »
SOIGNER SES TRANSITIONS
À la suite de quoi Marguerite Youcenar nous parle des transitions en littérature. Elle évoque les peintures de Rembrandt, sur lesquelles les lignes de sont jamais rigides, où l’on croit déceler une imperceptible transition d’une couleur à l’autre, d’un morceau d’étoffe à l’autre. Pour elle, il en va ainsi des choses de l’existence, et donc de l’écriture. Elle fait l’éloge de la marge, de la transition, du fondu.
« L’écrivain conventionnel rate toujours le passage, tellement important, d’une sensation à l’autre. »
Elle conseille de ne pas sauter d’un sujet à l’autre sans prendre en compte l’aura, le halo, en quelque sorte, qui entoure chaque concept. Il suffit d’ouvrir Mémoires d’Hadrien ou L’Oeuvre au Noir pour comprendre ce dont nous parlons ici. L’écriture de Marguerite Yourcenar coule dans ses livres comme de l’eau, elle ruisselle et s’infiltre sans jamais trouver d’obstacle, sans jamais s’arrêter net pour repartir à la phrase, au paragraphe suivant. Cela donne une espèce de réalité et de profondeur incroyable à l’ensemble de ses écrits, profondeur qu’on retrouve chez Proust et à peu près nulle part ailleurs.
CHAQUE PERSONNE PORTE EN ELLE UNE FOULE DE VIRTUALITÉS
« Faîtes attention à l’inconnaissable, à l’insaisissable, au vide, à tout ce qui n’accédera jamais à l’existence. »
En nous citant cette phrase, Marguerite Yourcenar nous fait remarquer que chaque être porte en lui une multitude de possibilités qui l’enrichissent sans qu’il le sache. Que ces possibilités se révèlent un jour ou qu’elles ne se révèlent pas, cela n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui compte, c’est de comprendre que dans chaque individu, et par conséquent dans chaque personnage de roman, sommeillent des profondeurs qu’il nous faut explorer, même s’il n’en est pas directement question dans nos textes. Si nous négligeons de songer à ce qu’aurait pu être notre personnage principal dans d’autres circonstances, à ce qu’il aurait pu faire dans tel cas, dans tel autre, au destin qu’il aurait eu dans un univers parallèle… Alors nous passons à côté des réalités de la psychologie humaine. Que nos héros soient des icebergs, que nos récits en survolent la partie émergée ; soit. Mais n’oublions pas les vastes étendues des profondeurs. Tel est, je crois, le message de notre professoresse.
L’ÉCRIVAIN DOIT VIVRE
Si, comme nous l’avons vu, l’expérience personnelle est la matière première de l’écrivain, alors il doit vivre, sous peine d’en manquer plus vite qu’il ne le croit. Marguerite Yourcenar nous met en garde : celui qui s’enferme pour écrire un livre est sûr d’avance que ce livre sera mauvais.
« Un écrivain qui ne vit plus est devenu un mauvais écrivain : il ne fait plus que d’écrire des livres. »
Attention toutefois, car l’expérience de la vie ne sert pas à l’écrivain de la manière la plus évidente. Elle lui sert, certes, mais s’il devait la réutiliser formellement, il n’aurait à raconter que des choses très banales. Or il est évident que nous inventons des tas d’histoires sur des tas de sujets auxquels nous ne connaissons rien : cela s’appelle l’imagination. L’affaire consiste donc à plaquer notre expérience, nos impressions, nos souvenirs, sur des évènements que nous n’avons pas vécus, sur des évènements inventés. Reste à sortir de sa chambre et à voir le monde… À titre personnel, je crois que c’est le point qui me fait le plus défaut.
LA SOUPLESSE ET LA CLARTÉ DE LA LANGUE
Marguerite Yourcenar poursuit avec une observation : les grands écrivains sont ceux qui sont les plus souples vis-à-vis de la langue française. Cela peut surprendre, de la part de cette académicienne qui ne manque jamais une occasion d’employer l’imparfait du subjonctif, mais elle est formelle : il ne faut pas avoir peur d’être un enrichisseur, un reconstructeur du langage. Elle cite Montaigne : « Que le gascon y aille si le français n’y peut aller ». Comprendre qu’il vaut mieux un mot de patois pour exprimer une idée claire, qu’un mot de français méconnu, que peu de gens comprendront. Car après l’attention, Marguerite Yourcenar nous enseigne que la clarté est le second devoir de l’écrivain. Elle nous enjoint à rejeter le snobisme, les mots compliqués, les tournures de phrases obscures, elle évoque même son prédécesseur à l’Académie, Roger Caillois, qui disait bannir de ses écrits tout mot de plus de quatre syllabes. On écrit pour être compris, pas pour faire l’intéressant.
LA NÉCESSITÉ DU DÉTACHEMENT
Pour conclure ce bel entretien, Marguerite Yourcenar évoque un livre de Mikhaïl Boulgakov : Le Maître et Marguerite. (Pure coïncidence en ce qui concerne l’usage, ici, du prénom Marguerite.) Le héros de ce livre est un poète, obsédé par ses écrits. Après avoir consacré son existence entière à la littérature, après être pour ainsi dire mort pour elle, il suit les conseils du génie qui le guide dans l’au-delà, qui lui murmure : brûle tous ces papiers. Alors le malheureux rassemble le fruit de son travail, le brûle, et observant les flammes, proclame soulagé : quel beau feu ! Ce que Marguerite Yourcenar nous dit, au fond, c’est que notre travail d’auteur n’est pas très important. Qu’il ne faut pas s’en orgeuillir ni s’en faire un ulcère. Le monde se passera très bien de nous, de notre plume, et que nous sortions ou pas ce roman sur lequel nous travaillons depuis des lustres, la terre ne s’arrêtera pas de tourner. Il faut chercher ce détachement, sans quoi « l’on se crispe ou l’on se gonfle », ce qui, dans un cas comme dans l’autre, ne fait que redoubler l’angoisse d’écrire. Brûlez vos papiers, vous aussi. Ne fut-ce que virtuellement, symboliquement. Car ce qui compte, c’est l’envie, c’est l’enthousiasme, la liberté.
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Voilà, j’espère n’avoir pas été trop long. Il est difficile de suivre l’immense Marguerite Yourcenar, elle qui jongle si aisément avec les cultures du monde entier, qui un instant vous parle du Tao, des philosophies orientales, et l’instant suivant de Montaigne et de Racine, de Stendhal et tant d’autres. Une femme à la culture immense, à l’esprit bien fait, au style incomparable, dont je ne cesserai jamais de dire les mérites. J’espère vous l’avoir fait découvrir si vous ne la connaissiez pas, j’espère surtout vous l’avoir fait aimer.
À ceux qui voudraient voir l’entrevue en entier, car naturellement, je n’ai sélectionné pour la rédaction de cet article que les passages qui me semblaient les plus marquants : la voici.
À très vite.
Image de couverture : Marguerite Yourcenar en 1982 à l’âge de 79 ans, photographiée par Bernhard de Grendel. CC BY-SA 4.0
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Pour ce troisième billet « coup de coeur », je vous parle d’un buste antique découvert dans les ruines de Perga, au sud-ouest de l’actuelle Turquie. Un buste relativement petit, et en assez mauvais état, représentant le jeune Antinoüs, amant de l’empereur Hadrien.
Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, un brin d’Histoire.
Au deuxième siècle de notre ère, l’Empire romain est à son apogée. Toutes les côtes méditerranéennes sont sous son contrôle, ainsi que de vastes portions du continent européen. Des îles britanniques jusqu’à Jérusalem en passant par le Benelux et les rivages d’Afrique du nord, le pouvoir de l’empereur s’étend sur près de quatre millions de kilomètres carrés. À partir de l’an 117, cet empereur se nomme : Hadrien. On se souvient d’Hadrien comme d’un grand réformateur, épris de lettres et de culture hellénique, dont la politique fut en rupture avec celle de ses prédécesseurs. Avant son règne, Rome ne cessait de s’étendre ; il est le premier empereur à fixer les frontières et à adopter une stratégie défensive. En témoigne le bien nommé « Mur d’Hadrien », vaste fortification séparant la province romaine de Britannia des terres barbares situées plus au nord : l’actuelle Écosse, l’Irlande… Il est également le premier empereur à porter la barbe, le premier à s’intéresser au sort des esclaves et à émettre des lois ayant pour but de les protéger. Je passe rapidement sur les réformes du consilium principis et sur la proclamation de l’édit perpétuel, pour vous parler de ce que les esprits romantiques retiennent généralement de la vie d’Hadrien : sa liaison avec Antinoüs.
On ne sait à peu près rien de cet Antinoüs, sinon qu’il naquit à Claudiopolis, en Bithynie, et qu’il fut sincèrement aimé par l’empereur Hadrien. Certains avancent qu’il était esclave ; d’autres qu’il était fils d’agriculteurs ou de petits commerçants. La plupart des sculptures le représentant dégagent une certaine mélancolie : tête basse, regard perdu… Marque, sans doute, d’un caractère triste. À vrai dire, Antinoüs est l’un des visages les plus connus de l’antiquité, à telle enseigne que si vous fermez les yeux et visualisez une statue romaine, il y a de fortes chances que ce soit le portrait d’Antinoüs qui vous vienne à l’esprit. D’innombrables statues à son effigie ont été disséminées à travers les provinces de l’empire, pour une raison simple : il est mort tragiquement et Hadrien ne semble jamais s’en être totalement remis. L’Histoire auguste, source peu fiable et néanmoins intéressante en ceci qu’elle témoigne de l’esprit du temps, nous dit : « Hadrien pleura sa mort comme une femme. […] Les Grecs, obéissant aux ordres de l’empereur, le placèrent au rang des dieux […] ». En effet, Hadrien, en tant que Pontifex Maximus – chef de la religion romaine –, décrète l’apothéose de son ami défunt ; il exige qu’on célèbre son culte et fait édifier sur les lieux mêmes de sa mort une ville qui portera son nom : Antinoüpolis. À noter : Hadrien fait tout pour que cette ville se développe. Il demande qu’on y tienne des jeux annuels, les Antinoéia, et la dote d’un programme alimentaire, c’est à dire d’une allocation en blé, afin que sa population croisse plus rapidement. Seule Athènes bénéficia sous son règne d’un tel trainement de faveur… Les monnaies à l’effigie d’Antinoüs se multiplient, les statues également ; et c’est précisément de l’une d’elle que j’aimerais vous parler aujourd’hui. La voilà.
J’ai découvert cette statue en visitant par hasard la page Flickr de Carole Radatto. Elle m’a immédiatement impressionné. Je ne sais pas si cela tient à la patte du sculpteur, à la qualité de la photographie, de l’éclairage, ou à tout cela réuni, mais je trouve ces images vraiment singulières. D’ordinaire, Antinoüs est représenté lascif, l’oeil vague – ici, son regard semble être celui d’un enfant en colère. J’ai rarement vu un buste si expressif. L’usure du temps et les fragments de pierre manquants au niveau du nez contribuent sans doute à mon impression, mais vraiment, il y a quelque chose de particulier qui se dégage de ce visage. On croirait le jeune homme outré, vexé ; on dirait qu’il fusille son interlocuteur du regard.
Ici, je ne peux faire autrement que de citer le chef-d’oeuvre de Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien. Mon roman favori, soit dit en passant, mais si vous êtes un habitué de ces colonnes, vous le savez déjà. Entre nous, ça ne m’étonnerait pas que la statue qui nous occupe ait inspiré l’auguste Marguerite. Sous sa plume, voilà ce que l’empereur dit de son favori :
« Ce beau lévrier avide de caresses et d’ordres se coucha sur ma vie. J’admirais cette indifférence presque hautaine pour tout ce qui n’était pas son délice ou son culte : elle lui tenait lieu de désintéressement, de scrupules, de toutes les vertus étudiées et austères. Je m’émerveillais de cette dure douceur ; de ce dévouement sombre qui engageait tout l’être. Et pourtant, cette soumission n’était pas aveugle ; ces paupières, si souvent baissées dans l’acquiescement ou dans le songe se relevaient ; les yeux les plus attentifs du monde me regardaient en face ; je me sentais jugé. »
Dure douceur, yeux baissés qui se relèvent en un regard de jugement… Nous y sommes, il n’y a rien à ajouter.
Tout de même, je vois là-dedans quelque chose d’infiniment poétique. Vingt siècles d’Histoire, d’empires déchus et de religions se succédant les unes aux autres n’auront pas suffi à faire oublier cet incroyable visage ; même, les outrages du temps l’ont magnifié, l’ont rendu plus fragile, plus divin, en ont fait une oeuvre d’art dépassant de loin le cadre de la sculpture. Ce n’est pas un simple buste, c’est un souvenir, la cristallisation sublime d’un chagrin d’amour, une perle vieille de 1900 ans, fendue et pleine de terre, qui miraculeusement nous est parvenue…
Comment ne pas s’en émouvoir ?
« J’ai imposé au monde cette image : il existe aujourd’hui plus de portraits de cet enfant que de n’importe quel homme illustre, de n’importe quelle reine. (…) Je réclamais un fini parfait, une perfection pure, ce dieu qu’est pour ceux qui l’ont aimé tout être mort à vingt ans, et aussi la ressemblance exacte, la présence familière, chaque irrégularité d’un visage plus chère que la beauté. Que de discussions pour maintenir la ligne épaisse d’un sourcil, la rondeur un peu tuméfiée d’une lèvre… Je comptais désespérément sur l’éternité de la pierre, la fidélité du bronze, pour perpétuer un corps périssable ou déjà détruit, mais j’insistais aussi pour que le marbre, oint chaque jour d’un mélange d’huile et d’acides, prît le poli et presque le moelleux d’une chair jeune. »
Quand l’empereur parle, personne n’a rien à ajouter – surtout lorsque c’est Marguerite Yourcenar qui lui prête sa voix. Il ne me reste plus qu’à vous inviter à vous rendre au musée archéologique d’Antalya, en Turquie, où les deux amants, figés dans le marbre, se tiennent l’un à côté de l’autre.

Hadrien au musée d’Antalya. Carole Raddato. CC BY-SA 2.0. -

Bacchus, sois le bienvenu ! En latin : Bache, bene venies. C’est par ces mots que s’ouvre la 200e chanson du Codex Buranus. Composée aux alentours de 1225 par les Goliards, des prêtres défroqués amateurs de poésie satirique et de grandes fêtes, Bache bene venies est une chanson à boire glorifiant le dieu Bacchus et surtout : « le vin, le bon vin, le vin généreux ». Trêve de clavardages, écoutez plutôt !
J’adore ce morceau. Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi, mais je l’adore. Je le trouve chaud, enveloppant et très doux à l’oreille, malgré son rythme plutôt soutenu. Les sonorités latines me fascinent, et ce qui me fascine d’autant plus, c’est qu’il s’agit d’un hymne païen composé au beau milieu du moyen-âge. En écoutant ce petit air de flûte, ces percussions, ce chant à la gloire d’une divinité antique, on se croirait revenu au temps des grandes heures de la République romaine. Eh bien non, nous sommes en plein XIIIe siècle, à l’époque des chevaliers et des croisades. Tandis que l’Église catholique purge l’Occitanie de l’hérésie cathare et que le jeune Saint-Louis monte sur le trône de France, quelque part au coeur de l’Europe, une bande de théologiens rebelles, étudiants pour la plupart, s’enivrent en invoquant la mémoire de l’ancien panthéon…
« Bacchus, illustre dieu,
Nous tous ici
Sommes heureux
De célébrer tes bienfaits.Tous nous chantons
Tes très hautes louanges,
Te louant à bon droit
Pour les siècles des siècles. »Ventre-saint-graal, je trouve ça diablement romanesque ! Oh, je ne me fais pas d’illusions, je sais que cette chanson se voulait satirique et qu’il y a peu de chances pour que les Goliards aient réellement vénéré Bacchus. Mais tout de même, le paganisme n’est pas loin. Ça me fait rêver… Il ne me faut pas longtemps, en écoutant cette musique, pour me croire à l’orée d’une forêt sur laquelle le soleil se couche et dont sortent faunes et bacchantes, suivis du dieu triomphant qui subjugua les Indes au seul son des tambours… ! Je m’emballe ? Ah, oui, pardon, je m’emballe.
« Bacchus, pénétrant les veines
De sa chaude liqueur,
Les enflamme
Du feu de Vénus. »Mais je crois comprendre, à mesure que j’écris, ce qui motive l’amour que je porte à cette chanson. J’ai toujours trouvé qu’il y avait une poésie folle dans le rejaillissement des temps anciens. Il arrive parfois que le passé nous saute à la figure, comme quand on trouve une monnaie antique en remuant la terre ou qu’on exhume une statue quasi intacte, deux fois millénaire. Eh bien là, c’est la même chose, le passé rejaillit. À ceci près que son rejaillissement est double : l’Antiquité refaisait déjà surface au XIIIe siècle, lorsqu’on chantait les louanges de Bacchus à l’ombre des abbayes, et elle en fait autant en 2018, cependant que nous écoutons les réorchestrations de cet hymne médiéval. Combien a-t-on élevé de temples, de monuments, combien a-t-on fait de sacrifices et combien de fêtes a-t-on données pour que des moines composent une chanson en l’honneur de l’ancien dieu et que huit-cents ans plus tard, un garçon du XXIe siècle écoute l’écho de leurs voix ? L’âme des civilisations et le passage du temps sont deux choses qui me touchent beaucoup, et voilà, au fond, pourquoi Bache Bene Venies sonne si particulièrement à mes oreilles.
Si je m’y connaissais davantage en Histoire et en musique, je pourrais creuser le sujet plus à fond, mais ce n’est pas le cas. Je ne peux que vous livrer mon ressenti à propos de ces jolis fragments du temps passé, en espérant vous avoir transportés avec moi dans un monde où les satyres peuplent encore les bois touffus…
Image d’entête : La Jeunesse de Bacchus, William Bouguereau, 1884.
Première vidéo : Bacche bene venies, De la Taberna a la Corte, Artefactum, 2015.
Seconde vidéo : Bacche bene venies, Música Antiga da UFF. -

L’étiquetage est l’une de nos plus anciennes manies. L’Homme n’a jamais pu s’empêcher de ranger les êtres et les choses dans des cases hermétiques, des cases rassurantes, à même de calmer sa peur de l’inconnu. Cela a des effets sur la littérature, cela en a toujours eu. De tout temps, les rayons des bibliothèques se sont divisés en genres et sous-genres. Rien de mal à ce qu’on sache qu’ici se trouvent les romans policiers, là les romans autobiographiques, historiques, &c… Mais force est de constater qu’aujourd’hui, les étiquettes pullulent. Elles se multiplient à n’en plus finir.
Pour s’en convaincre, quelques exemples : Fantasy, dark fantasy, romantic fantasy, high fantasy, urban fantasy, oriental fantasy, science fantasy, science fiction, hard science fiction, space opera, planet opera, cyberpunk, postcyberpunk, biopunk, mecha, post-apocalyptic, romantic suspens, gothic romance, paranormal romance, science fiction romance, inspirational romance, male male romance, chick lit, young adult… J’en passe et des meilleurs.
La question est : pourquoi ? Pourquoi cette multiplication toute contemporaine des genres et des sous-genres ? Le phénomène est récent, il date du dernier quart du XXe siècle, pour ne pas dire de sa dernière décennie.
Tâchons avant tout de déterminer à quoi servent concrètement ces étiquettes, et peut-être comprendrons-nous leur raison d’être. Elles servent à organiser la littérature, à la cataloguer dans ses moindres nuances, afin que le lecteur puisse trouver le plus facilement, le plus rapidement possible le roman dont il a envie. Vous voulez lire une histoire d’amour avec des vampires et des robots géants ? Il y a un genre pour ça. Vous rêvez d’un récit fantastique ayant pour cadre une ville en ruines ? Pas d’inquiétude, il y a un genre pour ça également. Qu’il vous faille un livre écrit par une femme active, forte et indépendante, un livre mettant en scène une relation homosexuelle, ou un livre trash-mais-pas-trop, soyez tranquilles, les étiquettes sont là. Tout est pesé, tout est quantifié ; le catalogue est devant vous, il n’y a qu’à choisir. Choisir et acheter, car c’est bien de ça que nous parlons. On ne dresse pas de catalogue autrement que pour vendre des produits…
Jadis disions-nous : je vais écrire un roman. Aujourd’hui, nous disons : je vais écrire un roman biopunk, un roman d’amour paranormal, un roman à l’attention des jeunes adultes… Nous pensons et nous travaillons à partir d’étiquettes conçues dans le seul but de vendre plus. Il ne s’agit plus de produire une oeuvre originale ou véritable, il s’agit de concevoir un objet de consommation, à destination d’un public cible : les fans de jeux vidéo, de jeux de rôles, les jeunes, les femmes… L’industrie du divertissement nous a fourni des moules dans lesquels nous nous pressons de couler le ciment de nos oeuvres ; il a suffi qu’on étiquette des rayons de supermarchés pour qu’une foule d’auteurs en herbe se hâte de les remplir. La multiplication des genres littéraires est concomitante de la conversion de l’industrie du livre à la culture de masse ; je crois que ce phénomène a tout avoir avec le Profit, et pas grand-chose avec la Création.
Imaginerait-on Marguerite Yourcenar qualifier Mémoires d’Hadrien de « romance historique homme-homme » ? Ce serait ridicule en plus de n’avoir aucun sens. Le roman de Marguerite Yourcenar ne rentre dans aucune case, et c’est précisément ce qui fait sa gloire. Les seuls grands auteurs à rentrer dans les cases de la littérature modernes sont ceux qui ont eu un succès tel qu’on leur a créé une case sur-mesure, en espérant que d’autres viendront après eux. Jules Verne, Tolkien, Orwell… Eux sont de grands artistes. Ceux qui les suivent sous une étiquette rassurante font rarement autre chose que de vendre du papier. Il est bon d’avoir un maître, un modèle, mais quel désespoir de le copier toute sa vie, quel désespoir de s’enchaîner aux gloires d’antan, fraichement converties en modèle économique…
Je crois qu’il faut briser les moules. Ne pas se soucier des conventions, des genres établis, de ce qu’attendent les gens… Alors que l’Art doit se renouveler ou mourir, on tente de le mettre en conserve, en conserve puis en rayon ; c’est vain, c’est triste et c’est dangereux. Mais si l’on prend du recul, l’on constate que le problème est plus global qu’il n’y parait. La littérature n’est pas le seul domaine de l’existence à subir la tyrannie de l’étiquetage. Jetez un oeil à la liste des catégories du premier site pornographique venu, et vous y trouverez toutes les pratiques sexuelles, tous les fantasmes, tous les fétiches du monde listés avec une exhaustivité déconcertante. Dans un autre registre, nous devenons nous-mêmes un produit lorsqu’on suppose l’existence d’un nombre inconcevable d’orientations sexuelles et d’identités de genre, et qu’on nous propose bijoux, t-shirts, drapeaux et porte-clefs aux couleurs de ces prétendues orientations. On m’objectera que ça n’a aucun rapport, je répondrai que ça a tout à voir au contraire, qu’il s’agit d’une marchandisation générale de la société ; qu’on appelle ça, en un mot : le capitalisme. On catalogue pour mieux vendre, on étiquette jusqu’aux pans les plus intimes de nos vies ; bienvenue en 2018.
J’aimerais finir cet article sur une note positive, mais l’interprétation que je fais de la réalité ne me le permet pas. Lovecraft disait n’écrire que pour lui seul et dédaignait l’air du temps ; je pense qu’il avait raison. Aujourd’hui plus que jamais, l’air du temps est nocif, et nous devons nous en protéger si nous voulons rester libres.
Image d’entête : Bixentro • CC BY 2.0
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Ce billet fait suite à un article de Neil Jomunsi à propos du racisme d’H.P. Lovecraft. Je reconnais et j’admire le talent de Neil, mais je suis rarement d’accord avec lui, et je tiens en l’occurrence à expliquer pourquoi.
Lovecraft, donc. Infréquentable, salaud, belle ordure, persona non grata… Sur Twitter comme sur Page 42, les épithètes pleuvent depuis quelques jours. Lovecraft était raciste, ça d’accord, nous le savions déjà. Mais Neil ajoute ceci : sa littérature découle directement et essentiellement de son racisme. Et par conséquent, il convient de prendre ses distances avec son oeuvre, et même de lui retirer le titre de « Maître de Providence ». Il convient par ailleurs de revoir sa place dans la pop culture, par trop importante pour un si terrible personnage.
Inutile de dire que je ne souscris pas à cette vision des choses.
Pour soutenir l’idée selon laquelle la littérature de Lovecraft découlerait de son racisme, Neil développe tout d’abord deux arguments. Le premier est un argument d’autorité : il cite Michel Houellebecq, qui avance une thèse similaire dans son livre H.P Lovecraft, contre le monde, contre la vie. Le deuxième argument, lui, relève d’une impression personnelle, basée sur un extrait de 230 mots : Neil trouve que Lovecraft utilise les mêmes mécanismes stylistiques lorsqu’il parle, dans sa correspondance privée, des Afro-Américains, que lorsqu’il décrit, dans ses fictions, les créatures du Cauchemar d’Innsmouth. Par mêmes mécanismes stylistiques, comprendre : métaphores, suradjectivisation, champ lexical de l’ignoble, de la gluance, &c. Impression partagée par Houellebecq, qui du reste cite le même extrait pour en tirer les mêmes conclusions…
Effectivement, il y a une parenté entre la façon dont écrit Lovecraft dans le privé et la façon dont il écrit à destination du public. Même suradjectivisation, même rapport à l’ignoble, à la décomposition… Mais en fait, quoi de moins surprenant ? Ces choses-là sont chères à Lovecraft, elles sont constitutives de sa psychologie, et il n’est pas inconcevable qu’elles transparaissent dans ses écrits les plus divers. Et cela ne suffit pas à démontrer que le racisme de Lovecraft est le principal moteur de sa créativité. Qui peut l’affirmer avec certitude, d’ailleurs ? Lovecraft était dégoûté de tout. De l’architecture moderne, du temps présent, de la mer, du froid, de l’humanité, de la sexualité, de la vie biologique en général… Et selon moi, c’est cette détestation totale de l’univers organique, qu’il qualifie « d’accident éphémère », ou encore « d’excroissance anormale », qui est à la source de son génie et de son oeuvre. Parmi le cortège immense de ses préjugés et de ses peurs, pourquoi, sur la base d’un extrait de seulement quelques mots, se focaliser sur le racisme et s’en servir comme unique grille de lecture ?
Certes, Lovecraft détestait les noirs. Mais il détestait tout. S’il était raciste, son oeuvre, elle, ne l’est pas : elle est un hymne monumental à l’absurdité de la vie biologique dans l’univers – et parfois, à sa destruction. On pourrait répondre que cette pulsion de haine généralisée n’est que le résultat des sentiments hostiles qu’éprouvait Lovecraft à l’égard les Afro-Américains, mais ce serait méconnaître ses profondes convictions philosophiques. Convictions matérialistes, qui ne l’ont jamais quitté tout au long de sa vie d’adulte.
« Pour ce qui est de la philosophie, ses effets sont variables selon les individus. Je sais simplement que dans mon cas, la conscience de l’immensité du cosmos diminue beaucoup l’intérêt que je porte à ces minuscules insectes que sont les hommes. […] La meilleure chose qu’il pourrait arriver à ces pauvres diables (moi y compris, d’ailleurs !) serait d’être exterminés en passant dans la queue d’une comète composée de gaz cyanogène. »
— Lettre d’H. P. Lovecraft à Rheinhart Kleiner, le 25 juin 1920.
Tout est là. Lorsque Lovecraft décrit les horribles transformations des habitants d’Innsmouth, lorsqu’il multiplie les adjectifs et les adverbes pour nous parler de l’immensité effrayante des monstres qui dorment, il ne transfigure pas sa haine de telle ou telle race… Il transfigure sa haine du cosmos, si vaste et si vide de sens, seulement peuplé d’erreurs biologiques et difformes, vouées à disparaitre.
Neil Jomunsi poursuit en vrac avec quelques appendices d’arguments, que je vais retranscrire en vrac moi aussi, et auxquels je vais tâcher de répondre.
Les admirateurs de Lovecraft sont souvent des hommes blancs. Sur quoi se base-t-on pour affirmer une telle chose ? Une statistique méthodologiquement fiable a-t-elle été établie pour corroborer cette affirmation ? Outre le fait que ceci semble sortir de nulle part, je trouve amusant que l’on se préoccupe, en luttant contre le racisme, de quelle couleur de peau lit quel genre de livre.
Lovecraft est coupable de ne pas s’être extirpé de son époque pour en dénoncer les travers ; il a ignoré les anthropologues d’alors qui se prononçaient contre l’idée d’un racisme scientifique. Lovecraft est en effet coupable de ne pas avoir nagé à contre-courant de la masse énorme de ses contemporains. De même que le conscrit de la Wehrmacht en 1942, de même que vous, lecteurs, qui consultez cet article sur un smartphone fabriqué à l’autre bout du monde par des enfants esclaves.
Dire que Lovecraft était sympathique par ailleurs, c’est « se raccrocher à ce que l’on peut ». Non, c’est un fait, reconnu par l’ensemble de ceux qui l’ont connu. Il me semble par ailleurs utile de préciser que si Lovecraft tenait des propos ouvertement racistes dans les lettres qu’il envoyait à sa famille et à ses amis, il ne nous est pas connu qu’il ait jamais commis d’acte raciste. Ses idées nauséabondes, desquelles il s’est partiellement repenti, ne sont jamais sorties du cadre de ses journaux intimes et de sa correspondance.
« J’ai été un tory borné, simplement par tradition et par amour des temps anciens ; aussi parce que je n’avais jamais réfléchi aux problèmes de société, à l’industrie, à l’avenir. (…) J’ai tardé à me rendre compte que j’avais été un âne. »
— H. P. Lovecraft, 1936.
« Oui, mes opinions, en matière de politique et d’économie, ont évolué progressivement vers la gauche au cours des dernières années — au point que je crois pouvoir me classer définitivement parmi les socialistes, au niveau des principes ultimes. »
— H. P. Lovecraft, quelques semaines avant sa mort.
Nous devons juger nos prédécesseurs non pas à l’aune des usages et des lois de l’époque, mais à ceux de nos contemporains. L’un des plus grands principes de la Justice n’est-il pas de remettre les faits dans leur contexte ? Contexte historique, pour ce qui nous occupe. Vraiment, je trouve cet argument difficile à comprendre, et je n’arrive pas à saisir ni ce qui le motive, ni ce qui lui donne du sens. On ne peut pas exiger des grandes figures du passé – ni même des petites, d’ailleurs – qu’elles aient agi selon des codes et des moeurs qui leur étaient inconnues. De même qu’il était absurde que les catholiques du XVIe siècle jugent les tribus du Nouveau Monde selon les valeurs de la chrétienté, on ne peut pas juger les hommes d’hier avec les valeurs d’aujourd’hui – car le passé, aussi, est un autre monde.
En conclusion
Neil Jomunsi conclut avec beaucoup de miséricorde qu’il n’est pas question de brûler l’oeuvre de Lovecraft mais qu’il faut néanmoins la lire avec esprit critique – ce en quoi nous sommes d’accord, puisqu’il faut absolument tout lire avec esprit critique. Seulement, et le lecteur l’aura compris, c’est à propos de l’influence que le racisme de Lovecraft a prétendument eue sur son oeuvre que l’on ne s’entend plus. Je trouve regrettable et un brin ridicule que cet homme mort depuis presque un siècle soit aujourd’hui couvert d’insultes, et que l’on dévoie l’antiracisme, noble cause par ailleurs, pour jouer comme Pierre Bayle aux « citoyens du monde, chevaliers de la vérité ». C’est factuellement hors de propos, et j’espère l’avoir ici démontré.
Pour terminer, je dirais à ceux qui m’auront mal lu que je n’ai pas voulu excuser ni minimiser le racisme de Lovecraft – racisme exprimé, souvent, de la plus odieuse des manières – mais simplement le remettre en perspective. L’oeuvre de Lovecraft n’est pas raciste. Elle est universelle. Parce qu’elle parle de l’angoisse que ressent l’être humain face au tourment de l’infini, et que tout le monde, noir, blanc ou jaune, ressent le tourment de l’infini.